François Bayrou laisse désormais de côté les attaques au vitriol contre Nicolas Sarkozy pour peaufiner son image d'homme du centre prêt à discuter avec la droite et plus seulement avec la gauche, deux mois après une débâcle électorale qui a hypothéqué son avenir politique.
Au moment où plusieurs personnalités, dont son ancien lieutenant le ministre de la Défense Hervé Morin (Nouveau Centre), tentent de fédérer un centre-droit resté sans vrai leader depuis l'éclatement de l'UDF, François Bayrou joue la carte du rassemblement.
"Le centre, c'est une famille politique" et "un jour elle se reconstituera parce qu'elle n'a pas le rôle qu'elle devrait avoir", a-t-il déclaré dimanche. Il l'a répété mardi devant le groupe Union centriste au Sénat, où il a plaidé pour une "maison commune" de la famille centriste.
Et alors qu'il y a quelques mois encore il n'avait pas de mots assez durs contre Nicolas Sarkozy - qu'il présentait dans un pamphlet comme "un enfant barbare" -, il affirme aujourd'hui qu'il répondra présent "chaque fois que le président de la République" demandera à le voir.
Un changement de ton évident qui s'est déjà concrétisé par une rencontre discrète le 22 avril à l'Elysée avec Nicolas Sarkozy.
Le président aurait alors expliqué à François Bayrou qu'il était prêt à travailler avec lui s'il changeait de stratégie. "La gauche ne peut pas faire alliance avec toi, sinon elle perd l'extrême gauche!" lui aurait-il dit.
Sur le fond aussi, l'ex-candidat à la présidentielle se veut plus conciliant. Sur la réforme des retraites, il s'est dit prêt à la voter si elle lui paraissait "raisonnable", tout en restant déterminé à "combattre les fautes du gouvernement".
Faut-il y voir de l'opportunisme pour sortir d'une impasse politique? "J'ai le sentiment qu'il met la barre à droite parce qu'il s'est rendu compte que son électorat ne le suivait pas" dans sa main tendue à la gauche, juge la présidente de Cap 21 Corinne Lepage, qui a quitté le MoDem, dont elle fut cofondatrice.
L'UMP en tout cas a salué l'inflexion de François Bayrou. "Je pense qu'il n'est jamais trop tard pour comprendre", a lancé son porte-parole, Frédéric Lefebvre.
"Son évolution est intéressante. Nous avons à l'égard du pécheur le pardon facile. Mais pardonner est une chose, travailler ensemble en est une autre", tempère le porte-parole adjoint de l'UMP Dominique Paillé, un ancien UDF.
La vice-présidente du MoDem, Marielle de Sarnez, récuse elle tout "infléchissement" du discours de son leader sur l'exécutif. "Nos fondamentaux n'ont pas varié d'un iota", dit-elle. Avant d'ajouter ce gros bémol: "dans une période de crise, nous nous sentons en coresponsabilité".
Et d'affirmer dans la foulée que la politique d'ouverture au PS n'est plus d'actualité. "Aujourd'hui Martine Aubry nous donne le sentiment de courir après son extrême gauche", assène Marielle de Sarnez.
Il n'est pas sûr que le patron du MoDem qui revendique toujours son "indépendance" décide brutalement de faire allégeance. Mais s'il entend être candidat en 2012, l'UMP espère bien trouver avec lui une réserve de voix pour le second tour. François Bayrou pourrait recueillir entre 8 et 12% des suffrages au 1er tour, selon un sondage Ifop-Paris Match.
"Avons-nous intérêt à la disparition d'un candidat du centre? Sans doute pas, il y a beaucoup d'appétits sur ce créneau là", avance une source à l'UMP. Mieux vaut donc l'avoir comme allié.
Dans l'entourage d'Hervé Morin, on y voit surtout une peau de banane du chef de l'Etat pour décourager une candidature Nouveau Centre.
2010 AFP
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