Ainsi donc, la liste du MoDem pour notre département est en cours de constitution. On connaît déjà la tête de liste, Chantal Brault, conseillère régionale sortante et maire-adjointe à Sceaux, et Pierre Creuzet, élu municipal d’opposition à Nanterre. La suite de la liste se construit peu à peu, au couteau et à la hache. C’est assez long, d’autant que Bernard Lehideux, responsable en chef pour le 92, a annoncé qu’il ne voulait plus s’en mêler. Mais comme Alain Dolium, tête de liste d’’IDF, a poussé un gros coup de gueule, les choses devraient normalement s’accélérer.
Comment en est-on arrivé à une telle «dream-team», avec en n° 1 une adjointe d’un maire rallié à l’UMP, et en n° 2 un serial-loser incompétent que plus personne ne prend au sérieux, hormis un petit cercle de jeunes groupies (il faut dire que 25 ans d’opposition à Nanterre ca use...)
Rewind.
Au commencement était une rivalité entre les deux apparatchiks du 92. A ma gauche, Bernard Lehideux, 66 ans, conseiller régional et député européen. A ma droite, Denis Badré, 67 ans, sénateur-maire de Ville-d’Avray. Les deux mammouths se disputent la prééminence du 92. Le premier soutient l’équipe d’Antoine Dupin ; le second celle de Pierre Creuzet.
Il y a une association, «Centre-ville en mouvement», qui fait du conseil en développement urbain et dont le financement est assuré, outre diverses subventions d’Etat, par des municipalités comme Bayonne, Chambéry .Son trésorier est le maire de Sceaux (tiens donc !).Le siège de cette association est à Nanterre et son directeur général, salarié, s’appelle Pierre Creuzet et son Président est ...Denis Badré.
En 2008, les élections internes pour la présidence de la fédération 92 furent l’occasion d’un affrontement entre les deux clans. Chacun rivalisa de coups fourrés, de petites manœuvres et de combinaisons plus ou moins foireuses. C’est ainsi qu’on vit voter à Puteaux, en faveur de la liste Creuzet, des adhérents Putéoliens qui n’étaient plus Putéoliens. Au final, cette liste « Creuzet » fut laminée avec moins de 35% des voix, contre près de 66% à celle menée par Antoine Dupin, conseiller régional et élu à Meudon.
Donc, la présidence du MoDem 92 se retrouva dans les mains du clan Lehideux avec 5 présidents contre 2 au clan Badré. Parmi les 5 premiers, on comptait bien sûr Antoine Dupin, mais également Chantal Brault. Les 2 autres étaient Pierre Creuzet lui-même et Blanche Muehlmann, une brave femme assez inoffensive élue à Asnières sur la liste du maire socialiste qu’elle va combattre pour les régionales (bonjour l’ambiance au conseil municipal).
N’oublions pas de préciser que dans l’intervalle, le clan Badré avait ramassé une recrue de choix en la personne de Christophe Grébert, notre blogueur fou, tout auréolé de ses 25,4% aux municipales et qui n’avait pas encore fait fuir la quasi-totalité de ses colistiers.
Bref, dès le départ, ce fut un festival de peaux de bananes entre vice-présidents des deux clans. Toute prise de décision fut prétexte à des affrontements feutrés, à des magouilles et à des bisbilles à peine dignes d’une cour de CM2. La nomination du trésorier départemental, puis celle du délégué régional furent l’occasion de happenings sanglants. Denis Badré menaça, par exemple, de ne plus verser à la fédération une part de ses indemnités sénatoriales s’il n’obtenait pas que Pierre Creuzet soit nommé à ce poste de délégué. Bref, ambiance OK Corral… Le tout sous l’œil rond des militants nouvellement inscrits, qui étaient venus pour «faire de la politique autrement». Car ces bagarres avaient souvent pour théâtre le conseil départemental et ses 70 ou 80 membres.
Et à propos de bagarre, n’oublions pas de préciser que, en quelques mois, Christophe Grébert et Pierre Creuzet, l’un à Nanterre, l’autre à Puteaux, avaient réussi l’exploit de se rendre insupportables à bon nombre de leurs anciens colistiers des municipales et connaissaient, dans leurs groupes respectifs, des défections importantes.
Vint la campagne pour les Européennes, avec pour résultat que Bernard Lehideux perdait son siège de député européen et, avec lui, la possibilité de financer autant qu’avant le mouvement (par exemple, en «prêtant» au siège l’un des assistants parlementaires que Strasbourg lui octroie). D’où un affaiblissement de sa position en interne. Voyant les dégâts (le MoDem avait fait 9% sur le département), les deux mammouths se rabibochèrent. Provisoirement.
Pendant ce temps, l’onde de choc des Européennes n’en finissait pas de faire des ravages au sein du mouvement. Les démissions se succédaient, les initiatives protestataires aussi, et militants et cadres se lassaient de se faire marcher sur la figure au mépris des promesses de 2007. Au sein du 92, les «Promoteurs» rencontraient un certain succès, ainsi que les appels de Corinne Lepage à davantage d’organisation et de concertation. Certains des cadres du clan Lehideux, de leur propre chef, se ralliaient à cette tendance et, de la sorte, se fragilisaient graduellement aux yeux de François Bayrou, chef tout-puissant.
Lorsqu’arriva la question des Régionales, les hostilités entre clans reprirent de plus belle. Chacun cherchait à pousser ses pions. En principe, Antoine Dupin avait toute légitimité pour mener la liste dans le 92 : conseiller régional sortant, président élu par une large majorité, il était le candidat logique. Le clan Badré tenta alors un grand coup. Christophe Grébert venait de faire astucieusement parler de lui à l’occasion de l’affaire Jean Sarkozy ; c’était l’occasion de le proposer comme tête de liste régionale. Le projet commençait à prendre forme, il était plus ou moins «vendu» à Bayrou lorsqu’il fut rendu public suite à quelques fuites, provoquant dans le département un tollé quasi-général. Il faut dire que Christophe Grébert avait su, par son attitude et ses agissements, se mettre à dos bon nombre des membres du conseil départemental, lequel compte de nombreux animateurs de sections. Face aux réactions épidermiques de la base, la décision prit un peu de retard. Le temps pour Bernard Lehideux de sortir de son chapeau l’atout-maître, le candidat paré de toutes les vertus, Alain Dolium le magnifique. Séduit par l’homme, ses propositions de financement et ses promesses d’e-campagne, Bayrou donna son feu vert à l’investiture du «nouvel Obama français». Exit Grébert ; le coup avait échoué.
Mais en réaction à cette menace, Antoine Dupin avait fragilisé sa position en affichant des exigences de clarification et d’organisation, via une lettre ouverte à Bayrou baptisée «L’Appel de Neuilly». Il pensait être suivi dans sa démarche par ses vice-présidents ; il s’avéra qu’il avait trop attendu d’eux. Du coup, il apparaissait aux yeux du chef comme un trublion et un contestataire, l’un des deux seuls péchés irrémissibles aux yeux du Béarnais (l’autre étant de douter de son avenir présidentiel). Impensable donc, désormais, de voir Antoine Dupin mener la liste dans le 92.
Restaient les autres vice-présidents du clan Lehideux. Sans surprise, Chantal Brault fut propulsée tête de liste. Restée en grâce pour s’être tenue prudemment à l’écart de toute décision, conseillère régionale sortante, appréciée par un Jean-Paul Huchon avec qui il faudra bien causer au second tour, copine du maire de Sceaux qui co-préside l’association de Badré, elle présentait le bon profil.
Les choses se sont corsées pour la seconde place. Deux candidats étaient en lice : Philippe Trotin, élu municipal de Rueil et vice-président du 92 dans l’équipe Dupin ; et Stéphane Cochepain, élu municipal à Clichy et délégué régional du 92 (celui-là même dont Badré avait tenté d’empêcher la nomination). Mais voilà que du bout de l’horizon accourt avec furie un sénateur hors d’haleine qui exige que son fidèle Creuzet soit désigné comme n° 2. Longue et âpre lutte d’influence… Finalement, Denis Badré va voir Bayrou et le menace de quitter le MoDem s’il n’obtient pas gain de cause. L’autre, qui doit déjà savoir que le sénateur Nicolas About a prévu de le lâcher, choisit de limiter les dégâts et se laisse tordre la main. Prodige ! Voilà notre serial-loser nanterrien devenu n° 2 des Hauts-de-Seine pour les régionales !
Il faut dire que le sémillant sénateur n’est pas du tout certain d’être réélu en 2011, au contraire. Or, la perte de son siège pourrait bien signifier la disparition de «Centre-ville en mouvement» et par suite la fin du salariat du fidèle Creuzet. Il est donc urgent de lui trouver un point de chute un peu rémunérateur. Et dame, le conseil régional d’Ile-de-France, c’est 2600 € d’indemnité mensuelle…
Suite à cette désignation, Cochepain et Trotin manquent de s’étrangler, tandis que Lehideux jette l’éponge et déclare qu’il laisse à Badré la responsabilité de constituer la liste… et celle d’assumer le score que fera le MoDem dans le 92. Antoine Dupin annonce sa démission de ses fonctions de président, en attendant de démissionner purement et simplement du mouvement. Philippe Trotin envisage de l’accompagner. Et la fine équipe Badré-Creuzet constitue «sa» liste de rêve, avec probablement Christophe Grébert en n°6…
Pendant ce temps, les militants de base continuent, qui de s’effarer, qui de se scandaliser, qui de démissionner sans tambour ni trompette. Suite à la mascarade des «consultations internes», beaucoup de sections franciliennes avaient déjà annoncé qu’elles feraient campagne en traînant les pieds. Avec l’annonce de la désignation de Creuzet, les trois-quarts de celles du 92 ont mis la crosse en l’air. Si on rajoute Grébert dans le tableau, les adhérents iront carrément voter pour les Verts ou pour le Nouveau Centre. On appréciera donc la haute portée stratégique des décisions qui se prennent, au 133 bis rue de l’Université, dans le secret du cabinet des professionnels de la politique…
Et maintenant que ces petites magouilles sont en voie d’achèvement, maintenant que tout est en place pour occasionner une dérouillée historique, Denis Badré pérore devant les conseillers départementaux en appelant à la mobilisation et au rassemblement.
Dans l’intérêt supérieur du mouvement.
Très bon article. La vérité éclate enfin!!! Denis BADRE a reussi son "18 Brumaire" (je vous laisse deviner qui est sa Joséphine de Beauharnais) et devient ainsi le seul responsable du score du Modem dans le 92 et de ses conséquences. Le combat continu.
Rédigé par: A.N | 29 janvier 2010 à 07:34
D'après mes informations, votre compte-rendu est, pour le 92, largement exact. Hélas pour ce mouvement politique.
Je ne pense pas que les adhérents MoDem votent pour un autre parti, mais effectivement la campagne MoDem devrait être particulièrement calme sur le terrain... d'autant que des situations similaires se retrouvent dans la plupart des départements franciliens.
A noter néanmoins que ce forcing du sénateur Badré pourrait bien lui côuter sa place en 2011, car beaucoup de grands électeurs MoDem (enfin parmis ceux qu'ils restent) risquent de lui manquer, même si son habileté politique pour trouver des soutiens est incontestable.
Je vous trouve en revanche un peu sévère vis-à-vis de Mr Dolium, qui semble compétent, au moins sur le terrain de l'emploi et du développement économique au sens large et qui doit faire une campagne dans des conditions précaires.
Rédigé par: Voltaire | 29 janvier 2010 à 16:04
C'est quoi le MODEM ? y a t-il une direction ? Y a t-il un programme ?
Un mouvement ça bouge...c'est normal...Ce n'est certainement pas un Parti politique qui lui a ses racines, son histoire, son programme...
Non, le MoDem c'est du vent !!!
Un coup il souffle à Droite, un coup à Gauche, il vient du nord et nous amène le froid ou de l'est il nous amène la pluie !!!
Il est parfois violent comme à Marseille et à Aix en Provence et parfois il casse tout sur son passage entrainant de nombreuses démissions...puis il se calme...Il faut dire qu'il n'y a plus personne pour faire du vent !!!
Rédigé par: Fournat Robert | 31 janvier 2010 à 09:20
Ce compte rendu me conforte dans l'idée que finalement peu importe qui a fait quoi dans le MoDem 92...L'important pour tout militant du 92 devrait être de faire campagne pour porter notre programme et soutenir Alain Dolium pour la campagne en Ile de France.
Personnellement, je ne suis pas entré au MoDem pour faire la promotion de telle ou telle personne, tel ou tel clan, mais simplement pour défendre les idées et le programme du mouvement démocrate...
Il y a un temps pour les bisbilles internes et un temps pour faire front et mener campagne..Je pense que ce temps est venu...
Si les militants veulent reprendre le contrôle de leur propre mouvement, qu'ils le fassent en faisant campagne et en gagnant ces élections...
Nos concitoyens attendent...
Rédigé par: serge92 | 01 février 2010 à 00:02
Voilà un billet qu'on répercute :
http://democratix.over-blog.com/
Rédigé par: EM | 01 février 2010 à 09:38
Merci pour cet article qui relate bien la situation du 92.
J'ai eu des informations précises sur ce qui s'y passe mais n'avais pas le tableau complet.
On devrait faire le même type de billets sur les autres endroits de France où ça coince afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants des divergences affichées dans la presse.
C'est intéressant de voir comment se fait la politique concrètement. Et ça tient à peu de choses...
Rédigé par: Fotini | 01 février 2010 à 10:46
J'en profite pour saluer la droiture d'Antoine Dupin.
Rédigé par: Fotini | 01 février 2010 à 10:47
Ancien militant d'Asnières, je ne peux que déplorer cette façon de faire de la politique autrement..... On prend le pire de la droite et de la gauche et ça fait le Modem 92. Mais bon, quand on voit nos représentants Modem (dont certains sont déjà discrètement dans les bras de Jean Arthuis) aux municipales d'Asnières, il fallait pas s'attendre à mieux au niveau du département.
Je pense que mon vote pour les régionales ira vers d'autres représentants que ceux que nous propose M. BADRE.
Rédigé par: Michel | 01 février 2010 à 15:51
Concernant Antoine DUPIN, je pense qu'il a payé ses non-décisions.... A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, on meurt de faim !!!! En attendant, si je respecte l'homme, je ne peux accepter le capitaine qui quitte le navire en pleine tempête.
Nous les sans grades, continuons le combat, abandonné par nos généraux .... Mardi et mercredi votons contre la liste proposée par M. BADRE et ses lieutenants.
Rédigé par: Michel | 01 février 2010 à 15:59
Complètement faux concernant cette partie, certes minime mais qui mérite au moins pour le maire de Sceaux une éclaircie: "avec en n° 1 une adjointe d’un maire rallié à l’UMP"...
Je rappelle que le maire de Sceaux, Philippe Laurent, a été élu avec face à lui une liste UMP-NC-Gauche Moderne et une liste PS. Rappellons ce faleux meeting de Sceaux, où se cotoyaient André Santini et patrick Devedjian en mode "TSPL" traduction de "Tout Sauf Philippe Laurent" !
Sa liste qui se voulait une liste de rassemblement (de même que celle constituée en 2001 soit dit en passant) étaiet composée de membres de l'UMP (l'ensemble ayant été d'ailleurs éxclut par le méchant Devedjian), de membres du Parti radical, du NC et du MoDem !
Merci donc de vérifier l'ensemble de vos dires lorsque vous écrivez...
Rédigé par: Bernard Morin | 01 février 2010 à 18:35
Nous allons informer Mr Dolium ainsi que la journaliste de Science-Po.
Mr Dolium, comment pouvez-vous accepter cela ?
Nous sommes d'anciens adhérents de la section de Puteaux, nous sommes témoins de tout ce qui s’est passé pendant les élections à Puteaux. La moindre des choses serait d'interroger à ce sujet :"Mr Badré ; Mme Cancelloni ; Mr Creuzet et Mr Grébert".Pour info : Mme Cancelloni présidente du bureau de vote de Boulogne, avait refusée que l'on vote, préférant les votes par procuration des adhérents de Province!!!!!!!!!!!!!!!
Nous envoyons également ce mail à Mr le mandataire financier de la liste «Puteaux Ensemble"(plus connue sous le nom de "Puteaux Tout Seul ")et aussi aux adhérents (et conjoints) qui habitent en Province qui eux ont eu l'autorisation de Mme Cancelloni de voter.
Emeric
Rédigé par: christel | 02 février 2010 à 13:22
1- J'adoore cet article. Vous avez réussi l'exploit de tout résumer clairemente et avec humour !
2- Une remarque : je pense que Bernard Lehideux s'est moins investi dans la bagarre que Denis Badré....
3- Au nom des adhérents de base, je demande que certains revoient leur décision d'abandonner le MoDem en laissant la place aux Creuzet et autres Grébert : je pense notamment à Philippe Trotin.
4- Précision : lorsqu'il faudra distribuer des tracts à Ville d'Avray et lorsque nous aurons pris la claque monumentale qui s'annonce en IdF, Denis Badré sera aux abonnés absents, après avoir placé SON pion. De là à penser qu'il s'agit d'une manoeuvre de noyautage du Mouvement pour causer sa perte... C'est en tout cas ce à quoi l'on pense lorsque l'on observe ses manoeuvres depuis la crétaion du MoDem
Rédigé par: Domi92 | 05 février 2010 à 14:22
Georges Fernandes a eu comme proposition la 6éme place avant que cette place soit proposée à Grébert. Il a refusé pour des raisons non encore connues.
Rédigé par: couleur orange démocrate | 09 février 2010 à 17:58